Ils étaient venus non pour voir la morte, mais pour voir le vampire, qu'ils appelaient couramment entre eux l'empouse (ce qui est tout comme, là-bas)... sans beaucoup y croire, mais sans rejeter tout à fait la légende avec laquelle on leur avait fait peur quand ils étaient petits et qu'ils n'étaient pas sages.

La funèbre aventure de Louis-Jean-Marie-Chrysostome s'échappant de sa tombe pour venir, la nuit, dévorer les vivants, remplaçait avantageusement pour les petits gars de Coulteray les histoires du loup-garou en honneur dans d'autres contrées.

Quand, en l'absence des châtelains, le concierge faisait visiter la crypte de la chapelle, il ne manquait point de raconter à l'étranger ce que l'on disait, depuis deux siècles, de ce tombeau vide.

—Y croyez-vous? demandait en souriant le visiteur.

—Ben! répondait l'autre en hochant la tête, on y croit sans y croire!...

Quoi de plus mobile que le caractère tourangeau, avec son pétulant bon sens, son inconséquence, son esprit fin, sa philosophie moqueuse, son scepticisme et son imagination folle? Quoi de plus intéressant que ce génie d'une si merveilleuse souplesse qui, du moment où il se prend au sérieux, passe sans effort de la bouffonnerie aux sujets les plus graves, de la futilité aux considérations les plus sérieuses et quelquefois les plus inattendues dans leur audace?...

Tout ceci n'est point d'une digression inutile, sur le seuil du château de Coulteray, dans le moment que la tombe va se refermer sur la figure de cire de Bessie-Anne-Élisabeth Clavendish, femme du dernier des Coulteray, de ce Georges-Marie-Vincent qui ne serait autre lui-même que Louis-Jean-Marie-Chrysostome, l'empouse de la légende, et cela quelques heures avant des évènements extraordinaires qui allaient bouleverser toute une contrée...

N'oublions pas que nous sommes dans un pays où il y a une auberge qui s'appelle la Grotte-aux-Fées, dont l'enseigne rappelle un dolmen qui est visité des plus aimables lutins; non loin de ce dolmen s'en trouve un autre, de proportions gigantesques, appelé le Palais de Gargantua; à quelques kilomètres de là, il y a encore la brette du taillis Saint-Nicolas, tertre bâti de pierres brutes, qui appartient, lui aussi, aux temps celtiques où l'enchanteur Orfon aurait entassé d'immenses richesses qu'il se plaît à faire résonner avec fracas dans la nuit de Noël...

Toute cette superstition est gracieuse, plaisante, poétique, propre à une terre où l'on est heureux de vivre, et ne rappelant en rien les épouvantes bretonnes; mais enfin elle est au fond des mœurs, liée encore à de certaines coutumes, occasion de certaines fêtes auxquelles les plus incrédules auraient garde de ne point se mêler... N'oubliant point cela, nous serons moins étonnés de ce qui va se passer.

Et d'abord, nous ne pourrions mieux nous rendre un compte approximatif de la situation morale—à ce point de vue—de la population de Coulteray, qu'en rapportant très succinctement ici la façon dont, à différentes reprises, y fut accueilli le marquis. Nous avons déjà dit qu'il était né à l'étranger. Il ne vint à Coulteray que dans la force de l'âge; aussi quand il apparut, ce fut un événement; disons tout de suite que cet événement fut plutôt joyeux.