La clarté était si vive, la lumière de la pleine lune si éclatante que l'on pouvait distinguer la guirlande de fleurs qui couronnait la tête du fantôme et tombait avec ses cheveux sur ses épaules.

Ils n'hésitèrent pas. Du premier coup, ils comprirent que c'était elle, elle la nouvelle «empouse» qui venait de s'échapper du tombeau et marchait sur Coulteray.

Ils n'étaient pas six à avoir la berlue!... Ils entraînèrent la veuve Gérard et s'engouffrèrent dans l'auberge... On ferma portes et fenêtres, on avertit les servantes... on se barricada... Tout le monde se réunit dans la même salle... La veuve Gérard se mit à réciter l'Ave Maria. Les servantes lui donnaient la réplique... Les hommes ne disaient rien... Ils étaient très pâles... Ils avaient honte de leur peur...

—Tout de même, prononça Achard l'aubergiste, nous sommes idiots! ça n'est pas possible!

Mais les autres protestèrent. Ils l'avaient bien vue! Elle sortait du «meur» (le mur) du château!...

—Sûr! fit entendre le forgeron, nous sommes victimes d'un alquemiste (alchimiste, jeteur de mauvais sort)... Eh bien! je ne l'aurais jamais cru!... Des choses pareilles «annui» (aujourd'hui).

—Qu'est-ce qu'elle vient faire par ici, c'te «drôlière»?

Achard ne tenait plus en place... Très agacé, il fit taire les femmes, qui recommençaient indéfiniment leur Ave Maria.

—Non!... ça n'est pas possible! Ce qu'on va nous «fabuler» demain (se moquer de nous)... Et il sortit de la salle.

On lui cria de se tenir tranquille... mais c'était plus fort que lui... Il rouvrit une fenêtre et aussitôt il appela les autres, qui se levèrent sans entrain...