Elle me répondit, en appuyant son front à la vitre:

—Cela dépend des jours. Parfois on la croirait près d'expirer... et puis, avec quelques bons jus de viande, elle reprend des forces... elle paraît normale alors!...

—Comment, normale?... Que voulez-vous dire?

—Rien... seulement je crois que la marquise a beaucoup d'imagination... Oui, il y a des jours où elle se croit plus malade qu'elle ne l'est... cela suffit pour qu'elle le devienne tout à fait...

Et, sans transition, Christine continua:

—Ah! monsieur Masson... je voulais vous dire une chose... Vous voyez cette petite porte là-bas, au fond du jardin... elle donne sur la rue que nous avons suivie pour venir jusqu'ici... Elle est à quelque cinquante mètres de chez vous... Il vous serait donc beaucoup plus commode de venir directement ici par cette porte et d'entrer par la porte de la bibliothèque qui donne sur le jardin que de faire le tour par la grande entrée, et d'avoir à attendre la bonne volonté du «suisse», comme on dit encore ici!... Je demanderai donc au marquis qu'il vous en donne la clef!

—Et vous croyez que le marquis la donnera à un inconnu?

D'abord, vous n'êtes pas un inconnu... et puis le marquis ne refusera pas cette clef, du moment que c'est moi qui la demande pour vous! Seulement, quand vous l'aurez, vous me la donnerez... à moi!

—À vous?

—Oui, à moi! Oh! n'ouvrez pas ces yeux étonnés... et qui attestent les plus méchantes pensées. Monsieur Bénédict Masson, si j'ai besoin de cette clef, ce n'est point pour venir ici en cachette, je vous prie de le croire... c'est pour m'enfuir, si c'est nécessaire!