—Allez, madame, vous savez bien que c'est pour votre santé!
Elle entr'ouvrit ses lèvres exsangues, mais les mots ne sortirent point... Elle tremblait de plus en plus... Elle me regarda de ses yeux immenses et glacés...
—Mon Dieu! fis-je... mon Dieu!.;.
Je ne trouvais pas autre chose à dire.
Sangor répéta encore sa phrase... les épaules de plus en plus courbées, comme si, sous le poids, il allait laisser choir toute la bâtisse... et, plus il était courbé, plus il paraissait formidable dans son épaisseur musclée. Enfin, comme cette scène semblait ne devoir pas avoir de fin, l'hercule se déplaça, se courba encore, allongea vers la marquise un bras redoutable. Celle-ci fut debout en une seconde, statuette de l'horreur, devant cette statue de la force, et ils disparurent tous deux, tandis que l'on entendait rire Sing-Sing derrière les portes refermées.
Ce que je venais de voir m'avait brisé. Certainement si je n'avais vu Christine si calme, je serais intervenu. Comme je la regardais et qu'elle ne disait rien.
—Mais enfin! m'écriai-je, vous, vous savez ce qu'on va lui faire! Pourquoi cette épouvante? Quel est ce docteur dont la seule évocation semble épuiser sa vie?
—Sans ce docteur-là, elle serait déjà morte! répondit Christine. Vous la verrez dans huit jours, elle ne sera plus reconnaissable! Aujourd'hui, ce n'est plus qu'une ombre! Elle est sans forces... sans couleurs! Vous serez stupéfait de la voir agir à nouveau avec tous les gestes de la vie et toutes les grâces de la jeunesse.
—Qui donc est cet homme qui accomplit un pareil miracle?
—C'est un médecin hindou qui a une grande réputation en Angleterre et qui vient souvent à Paris, où il a aussi son cabinet, avenue d'Iéna... oh! il est bien connu... Vous avez dû en entendre parler... le docteur Saïb Khan...