—Décidément, il a beau en être revenu, il ne sort pas de l'Inde, cet homme-là!...

—Il l'a ramenée de là-bas en même temps que sa femme...

—Vous m'aviez dit qu'il adorait la marquise!

—Êtes-vous naïf!... Un Coulteray peut adorer sa femme et avoir dix maîtresses... Celle-ci lui fait honneur... elle fait courir tout Paris...

9 juin.—J'ai vu Dorga... Oui, moi qui ne sors pas le soir dix fois par an, j'ai eu la curiosité d'assister aux danses de la belle Hindoue... Je suis allé au music-hall. Il y avait, comme on dit dans le jargon des communiqués de théâtre, une salle «resplendissante».

Je m'attendais à une petite danseuse demi-nue, avec quelques bijoux sur la peau, des disques aux seins, une ceinture de métal et de lourds bracelets aux chevilles; je m'attendais encore à quelques déhanchements rythmés dans un décor de pagode, enfin «le genre» si ennuyeux qui a débarqué en Europe avec la dernière exposition. J'ai vu apparaître une superbe créature, au teint à peine ambré, dans une toilette de gala à la dernière mode.

Mâtin! le marquis aime les contrastes! La marquise et Dorga, c'est le jour et la nuit, un jour blême, à son déclin, à son dernier rayon sous un ciel du nord au crépuscule anémique, et voici la nuit chaude, brûlante, fabuleuse où flambent tous les feux de l'Orient; mais plus que les bijoux qui l'étoilent, plus que la ferronnière qui étincelle sur son front dur, éclatent les yeux de cruelle volupté de Dorga.

L'Orient dans une robe de la rue de la Paix, les jambes de la déesse Kali dans des bas de soie et dansant un shimmy que l'on écoute dans un silence oppressé.

Après la dernière danse, quand la salle put respirer, une foudroyante acclamation a attesté la satisfaction des spectateurs qui «en voulaient encore»... Mais la belle danseuse avait disparu, assez méprisante, et ne revint plus...

Les lumières jaillirent sur les visages pâles ou cramoisis, au gré des tempéraments, et j'aperçus le marquis, écarlate, qui sortait d'une loge avec Saïb Khan...