Il daigna me reconnaître:

—Vous avez vu? me jeta-t-il... hein, vous avez vu?... Quelle merveille!...

Et, à ma grande stupéfaction, il me prit sous le bras:

—Allons la féliciter!...

Je me laissai entraîner. Nous fûmes bientôt dans sa loge, assiégée, mais qui ne s'ouvrit que pour nous... Cette fois, elle était demi-nue au milieu des fleurs.

Le marquis me présenta:

—M. Bénédict Masson, un grand poète!

Je ne protestai pas... J'eusse été incapable de dire un mot. Je la regardais à la dérobée, honteusement et l'air mauvais... un air que je prends souvent avec les femmes pour masquer ma timidité. Quant à elle, elle m'avait jeté un coup d'œil dans la glace et ne s'était même pas retournée... Quelques vagues paroles de politesse. Elle devait me trouver très mal habillé. Elle réclama du champagne, passa derrière un paravent, et je m'enfuis, la tête chaude, les oreilles sonnantes...

Je me sentais une haine farouche pour le marquis... et pour tous les hommes riches, qui n'ont qu'à se baisser et à se ruiner pour ramasser de pareilles femmes!...

Et moi! moi! qu'est-ce que j'aurai jamais?... L'image de Christine en moi... charmante et subtile effigie!...