Quand nous fûmes dans la bibliothèque et que je lui eus donné la clef du jardin, elle me dit:
—Nous sommes maintenant tout à fait chez nous, ici! Nous arrivons par le jardin, nous partons quand nous voulons! Nous n'avons pas affaire au noble vieillard costumé en suisse, nous n'avons plus à traverser tout l'hôtel sous les regards inquisiteurs de Sangor et parmi les bondissements de ouistiti de Sing-Sing.
—Parlez pour vous, fis-je. Moi je n'ai pas de clef.
—J'en aurai fait faire une demain pour vous. C'est entendu avec le marquis! Il tient à ce que nous soyons chez nous, à ce que nous ne soyons dérangés par personne.
—Ah! oui!
—Il tient si bien à cela, fit-elle en se dirigeant vers la porte qui donnait de la bibliothèque sur le petit vestibule, que cette porte est fermée, condamnée... Il n'y a plus que lui qui puisse pénétrer ici...
—Vraiment? fis-je un peu étonné... Voilà bien des précautions!
—Il ne veut pas que la marquise vienne vous ennuyer!
—Oh! j'ai compris!
J'aurais dû me réjouir de cet isolement dans lequel on nous laissait désormais, Christine et moi; cependant les circonstances assez obscures dans lesquelles l'événement se produisait... et la pensée de cette autre isolée qui agonisait là-haut, épuisée par une folle imagination, me causèrent une sorte de malaise que je n'aurais su définir, mais que l'on éprouve généralement à la veille de quelque malheur dont on a le vague pressentiment... De fait, un bien singulier et même tragique incident vint, quelques minutes plus tard, nous bouleverser, Christine et moi, à un point que je ne saurais dire...