Chose inouïe! Il me semble maintenant que je vais haïr Christine!... et savez-vous pourquoi?... Ô mystère du cœur humain! comme dit l'autre... parce qu'elle trompe, pour ce bellâtre, un Jacques Cotentin!...

Maintenant que j'ai pénétré un peu dans ce cerveau-là, oui, oui, Christine ne m'apparaît plus que comme une poupée haïssable, méprisable, odieuse!... Si elle ne l'aime pas, elle n'avait qu'à ne rien lui promettre! ou si elle ne l'aime plus, elle n'a qu'à le lui dire! Mais tromper un homme pareil!... Attention!... la voilà!... Quelle jeunesse!... Comment Gabriel ne guérirait-il pas avec ce sourire à son chevet? Cette belle main tirerait un mort du tombeau!

À propos de mort et de tombeau, je n'ai toujours pas revu la marquise... et par conséquent je n'ai pas eu à me préoccuper de prétextes plausibles pour ne point lui rendre toutes ses vieilles petites histoires de broucolaques que j'ai continué à feuilleter, du reste, et qui ont fini par me rebuter par leur stupidité.

Christine l'aurait vue, elle. Où? Quand? Comment? Je n'en sais rien.

Elle m'a dit que la marquise était redevenue languissante, et que Saïb Khan la voyait presque tous les jours.

—Vous êtes bien en retard? fis-je à Christine en la regardant bien dans les yeux.

—Pourquoi me regardez-vous toujours ainsi? me répondit-elle en accentuant son sourire. On dirait que vous avez toujours quelque chose à me reprocher.

—Eh! je n'ai pas autre chose à vous reprocher que votre absence, n'est-ce rien que cela?

—Monsieur est galant! laisse-t-elle tomber en me regardant d'un air un peu narquois par-dessus son épaule et tout en se dirigeant vers la bibliothèque.

J'avais rougi jusqu'à la racine des cheveux. Voilà où j'en suis, moi, Bénédict Masson!... à de pareilles fadeurs! Penses-tu que cela prenne, Adonis?