—Je vous enlèverai à sa puissance, Christine, je le jure! Et vous ne penserez même plus à lui, ce qui est nécessaire.
—Est-ce possible?
Elle se permit ce doute qui était un encouragement, en entraînant le jeune homme jusqu'au dernier étage du théâtre, «à l'altitude», là où l'on est très loin, très loin des trappes.
—Je vous cacherai dans un coin inconnu du monde, où il ne viendra pas vous chercher. Vous serez sauvée, et alors je partirai puisque vous avez juré de ne pas vous marier jamais.
Christine se jeta sur les mains de Raoul et les lui serra avec un transport incroyable. Mais, inquiète à nouveau, elle tournait la tête.
—Plus haut! dit-elle seulement... encore plus haut!... Et elle l'entraîna vers les sommets.
Il avait peine à la suivre. Ils furent bientôt sous les toits, dans le labyrinthe des charpentes. Ils glissaient entre les arcs-boutants, les chevrons, les jambes de force, les pans, les versants et les rampants; ils couraient de poutre en poutre comme, dans une forêt, ils eussent couru d'arbre en arbre, aux troncs formidables...
Et, malgré la précaution qu'elle avait de regarder à chaque instant, derrière elle, elle ne vit point une ombre qui la suivait comme son ombre, qui s'arrêtait avec elle, qui repartait quand elle repayait et qui ne faisait pas plus de bruit que n'en doit faire une ombre. Raoul, lui, ne s'aperçut de rien, car, quand il avait Christine devant lui, rien ne l'intéressait de ce qui se passait derrière.