Elle ne l'avait pas quitté... elle le tenait toujours dans ses bras... elle soupira à son tour:
—Si c'était lui!
Raoul, timide, demanda:
—Vous avez peur de lui?
Elle fit:
—Mais non! mais non!
Le jeune homme se donna, bien involontairement, l'attitude de la prendre en pitié, comme on fait avec un être impressionnable qui est encore en proie à un songe récent. Il avait l'air de dire: «parce que vous savez, moi, je suis là!» Et son geste fut, presque involontairement, menaçant; alors, Christine le regarda avec étonnement, tel un phénomène de courage et de vertu, et elle eut l'air, dans sa pensée, de mesurer à sa juste valeur tant d'inutile et audacieuse chevalerie. Elle embrassa le pauvre Raoul comme une sœur qui le récompenserait, par un accès de tendresse, d'avoir fermé son petit poing fraternel pour la défendre contre les dangers toujours possibles de la vie.
Raoul comprit et rougit de honte. Il se trouvait aussi faible qu'elle. Il se disait: «Elle prétend qu'elle n'a pas peur, mais elle nous éloigne de la trappe en tremblant.» C'était la vérité. Le lendemain et les jours suivants, ils allèrent loger leurs curieuses et chastes amours, quasi dans les combles, bien loin des trappes. L'agitation de Christine ne faisait qu'augmenter au fur et à mesure que s'écoulaient les heures. Enfin, une après-midi, elle arriva très en retard, la figure si pâle et les yeux si rougis par un désespoir certain, que Raoul se résolut à toutes les extrémités, à celle, par exemple, qu'il lui exprima tout de go, «de ne partir pour le Pôle Nord: que si elle lui confiait le secret de la Voix d'homme».
—Taisez-vous! Au nom du ciel, taisez-vous. S'il vous entendait, malheureux Raoul!
Et les yeux hagards de la jeune fille faisaient autour d'eux le tour des choses.