—Cinq jours.

—Et après, je serai libre?

—Vous serez libre, Christine, car, ces cinq jours-là écoulés, vous aurez appris à ne plus me craindre, et alors vous reviendrez voir, de temps en temps, le pauvre Erik!...

Le ton dont il prononça ces derniers mots me remua profondément. Il me sembla y découvrir un si réel, un si pitoyable désespoir que je levai sur le masque un visage attendri. Je ne pouvais voir les yeux derrière le masque et ceci n'était point pour diminuer l'étrange sentiment de malaise que l'on avait à interroger ce mystérieux carré de soie noire; mais sous l'étoffe, à l'extrémité de la barbe du masque, apparurent une, deux, trois, quatre larmes.

Silencieusement, il me désigna une place en face de lui, à un petit guéridon qui occupait le centre de la pièce où, la veille, il m'avait joué de la harpe, et je m'assis, très troublée. Je mangeai cependant de bon appétit quelques écrevisses, une aile de poulet arrosée d'un peu de vin de Tokay qu'il avait apporté lui-même, me disait-il, des caves de Kœnisgberg, fréquentées autrefois par Falstaff. Quant à lui, il ne mangeait pas, il ne buvait pas. Je lui demandai quelle était sa nationalité, et si ce nom d'Erik ne décelait pas une origine Scandinave. Il me répondit qu'il n'avait ni nom, ni patrie, et qu'il avait pris le nom d'Erik par hasard. Je lui demandai pourquoi, puisqu'il m'aimait, il n'avait point trouvé d'autre moyen de me le faire savoir que de m'entraîner avec lui et de m'enfermer dans la terre!

—C'est bien difficile, dis-je, de se faire aimer dans un tombeau.

—On a, répondit-il, sur un ton singulier, les «rendez-vous» qu'on peut.

Puis il se leva et me tendit les doigts, car il voulait, disait-il, me faire les honneurs de son appartement, mais je retirai vivement ma main de la sienne en poussant un cri. Ce que j'avais touché là était à la fois moite et osseux, et je me rappelai que ses mains sentaient la mort.

—Oh! pardon, gémit-il.

Et il ouvrit devant moi une porte.