—Voici ma chambre, fit-il. Elle est assez curieuse à visiter... si vous voulez la voir?

Je n'hésitai pas. Ses manières, ses paroles, tout son air me disaient d'avoir confiance... et puis, je sentais qu'il ne fallait pas avoir peur.

J'entrai. Il me sembla que je pénétrais dans une chambre mortuaire. Les murs en étaient tout tendus de noir, mais à la place des larmes blanches qui complètent à l'ordinaire ce funèbre ornement, on voyait sur une énorme portée de musique, les notes répétées du Dies iræ. Au milieu de cette chambre, il y avait un dais où pendaient des rideaux de brocatelle rouge et, sous ce dais, un cercueil ouvert.

À cette vue, je reculai.

—C'est là-dedans que je dors, fit Erik, Il faut s'habituer à tout dans la vie, même à l'éternité.

Je détournai la tête, tant j'avais reçu une sinistre impression de ce spectacle. Mes yeux rencontrèrent alors le clavier d'un orgue qui tenait tout un pan de la muraille. Sur le pupitre était un cahier, tout barbouillé dénotés rouges. Je demandai la permission de le regarder et je lus a la première page: Don Juan triomphant.

—Oui, me dit-il, je compose quelquefois. Voilà vingt ans que j'ai commencé ce travail. Quand il sera fini, je l'emporterai avec moi dans ce cercueil et je ne me réveillerai plus.

—Il faut y travailler le moins souvent possible, fis-je.

—J'y travaille quelquefois quinze jours et quinze nuits de suite, pendant lesquels je ne vis que de musique, et puis je me repose des années.

—Voulez-vous me jouer quelque chose de votre Don Juan triomphant? demandai-je, croyant lui faire plaisir et en surmontant la répugnance que j'avais à rester dans cette chambre de la mort.