Les domestiques racontèrent que ce n'était point cette nuit-là la première querelle qui les faisait s'enfermer.
À travers les murs on entendait des cris, et il était toujours question d'une comédienne qui s'appelait Christine Daaé.
Au déjeuner—au petit déjeuner du matin, que le comte prenait dans son cabinet de travail, Philippe donna l'ordre que l'on allât prier son frère de le venir rejoindre. Raoul arriva, sombre et muet. La scène fut très courte.
Le comte:—Lis ceci!
Philippe tend à son frère un journal: «l'Époque». Du doigt, il lui désigne l'écho suivant.
Le vicomte, du bout des lèvres, lisant:
«Une grande nouvelle au faubourg: il y a promesse de mariage entre Mlle Christine Daaé, artiste lyrique, et M. le vicomte Raoul de Chagny. S'il faut en croire les potins de coulisses, le comte Philippe aurait juré que pour la première fois les Chagny ne tiendraient point leur promesse. Comme l'amour, à l'Opéra plus qu'ailleurs, est tout-puissant, on se demande de quels moyens peut bien disposer le comte Philippe pour empêcher le vicomte, son frère, de conduire à l'autel la Marguerite nouvelle. On dit que les deux frères s'adorent, mais le comte s'abuse étrangement s'il espère que l'amour fraternel le cédera à l'amour tout court!»
Le comte (triste).—Tu vois, Raoul, tu nous rends ridicules!... Cette petite t'a complètement tourné la tête avec ses histoires de revenant.
(Le vicomte avait donc rapporté le récit de Christine à son frère.)
Le vicomte.—Adieu, mon frère!