Un domestique apporta une lampe à la lueur de laquelle on put examiner toutes choses. La trace du sang suivait la rampe du balcon et allait rejoindre une gouttière et la trace de sang remontait le long de la gouttière.

—Mon ami, dit le comte Philippe, tu as tiré sur un chat.

—Le malheur! fit Raoul avec un nouveau ricanement, qui sonna douloureusement aux oreilles du comte, est que c'est bien possible. Avec Erik, on ne sait jamais! Est-ce Erik? Est-ce le chat? Est-ce le fantôme? Est-ce de la chair ou de l'ombre? Non! non! Avec Erik, on ne sait jamais!

Raoul commençait à tenir cette sorte de propos bizarres qui répondaient si intimement et si logiquement aux préoccupations de son esprit et qui faisaient si bien suite aux confidences étranges, à la fois réelles et d'apparences surnaturelles, de Christine Daaé; et ces propos ne contribuèrent point peu à persuader à beaucoup que le cerveau du jeune homme était dérangé. Le comte lui-même y fut pris et plus tard le juge d'instruction, sur le rapport du commissaire de police, n'eut point de peine à conclure.

—Qui est Erik? demanda le comte en pressant la main de son frère.

—C'est mon rival! et s'il n'est pas mort, tant pis!

D'un geste il chassa les domestiques.

La porte de la chambre se referma, sur les deux Chagny. Mais les gens ne s'éloignèrent point si vite que le valet de chambre du comte n'entendît Raoul prononcer distinctement et avec force:

—Ce soir! j'enlèverai Christine Daaé.

Cette phrase fut répétée par la suite au juge d'instruction Faure. Mais on ne sut jamais exactement ce qui se dit entre les deux frères pendant cette entrevue.