À un moment, le Persan et Raoul ne purent plus reculer et ils s'aplatirent contre la muraille, ne sachant ce qu'il allait advenir d'eux à cause de cette figure incompréhensible de feu et surtout, maintenant, du bruit plus, intense, plus grouillant, plus vivant, très «nombreux», car certainement ce bruit était fait de centaines de petits bruits qui remuaient dans les ténèbres, sous la tête-flamme.

Elle avance, la tête-flamme... la voilà!... avec son bruit!... la voilà à hauteur!...

Et les deux compagnons, aplatis contre la muraille, sentent leurs cheveux se dresser d'horreur sur leurs têtes, car il savent maintenant d'où viennent les mille bruits. Ils viennent en troupe, roulés dans l'ombre par d'innombrables petits flots pressés, plus rapides que les flots qui trottent sur le sable, à la marée montante, des petits flots de nuit qui moutonnent sous la lune, sous la lune-tête-flamme.

Et les petits flots leur passent dans les jambes, leur montent dans les jambes, irrésistiblement. Alors, Raoul et le Persan ne peuvent plus retenir leurs cris d'horreur, d'épouvante et de douleur.

Ils ne peuvent plus, non plus, continuer de tenir leurs mains à hauteur de l'œil,—tenue du duel au pistolet à cette époque, avant le commandement de: «Feu!»—Leurs mains descendent à leurs jambes pour repousser les petits îlots luisants, et qui roulent des petites choses aiguës, des flots qui sont pleins de pattes, et d'ongles, et de griffes, et de dents.

Oui, oui, Raoul et le Persan sont prêts à s'évanouir comme le lieutenant de pompiers Papin. Mais la tête-feu s'est retournée vers eux à leur hurlement. Et elle leur parle:

—Ne bougez pas! Ne bougez pas!... Surtout, ne me suivez pas!... C'est moi le tueur de rats!... Laissez-moi passer avec mes rats!...

Et brusquement, la tête-feu disparaît, évanouie dans les ténèbres, cependant que devant elle le couloir, au loin s'éclaire, simple résultat de la manœuvre que le tueur de rats vient de faire subir à sa lanterne sourde. Tout à l'heure, pour ne point effaroucher les rats devant lui, il avait tourné sa lanterne sourde sur lui-même, illuminant sa propre tête; maintenant pour hâter sa fuite, il éclaire l'espace noir devant elle... Alors il bondit, entraînant avec lui tous les flots de rats, grimpants, crissants, tous les mille bruits...

Le Persan et Raoul, libérés, respirent, quoique tremblants encore.

—J'aurais dû me rappeler qu'Erik m'avait parlé du tueur de rats, fit le Persan, mais il ne m'avait pas dit qu'il se présentait sous cet aspect... et c'est bizarre que je ne l'aie jamais rencontré[6].