Ah! j'ai bien cru que c'était encore là l'un des tours du monstre!... soupira-t-il... Mais non! Il ne vient jamais dans ces parages!
—Nous sommes donc bien loin du lac? interrogea Raoul. Quand donc arriverons-nous, monsieur?... Allons au lac! Allons au lac!... Quand nous serons au lac nous appellerons, nous secouerons les murs, nous crierons!... Christine nous entendra!... Et Lui aussi nous entendra!... Et puisque vous le connaissez, nous lui parlerons!
—Enfant! fit le Persan... Nous n'entrerons jamais dans le demeure du Lac par le Lac!
—Pourquoi cela?
—Parce que c'est là qu'il a accumulé toute sa défense... Moi-même je n'ai jamais pu aborder sur l'autre rive!... sur la rive de la maison!... Il faut traverser le lac d'abord... et il est bien gardé!... Je crains que plus d'un de ceux—anciens machinistes, vieux fermeurs de portes,—que l'on n'a jamais revus, n'aient simplement tenté de traverser le lac... C'est terrible... J'ai failli moi-même y rester... Si le monstre ne m'avait reconnu à temps!.... Un conseil, monsieur, n'approchez jamais du Lac... Et surtout, bouchez-vous les oreilles si vous entendez chanter la Voix sous Veau, la voix de la Sirène.
—Mais alors, reprit Raoul dans un transport de fièvre, d'impatience et de rage, que faisons-nous ici?... Si vous ne pouvez rien pour Christine, laissez-moi au moins mourir pour elle.
Le Persan essaya de calmer le jeune homme.
—Nous n'avons qu'un moyen de sauver Christine Daaé, croyez-moi, c'est de pénétrer dans cette demeure sans que le monstre s'en aperçoive.
—Nous pouvons espérer cela, monsieur?
—Eh! si je n'avais pas cet espoir-là, je ne serais pas venu vous chercher!