Et, subitement pris d'une anxiété nouvelle, il promena le petit disque rouge de sa lanterne sur les murs... Ainsi il éclaira, événement bizarre, un tronc d'arbre qui semblait encore tout vivant avec ses feuilles... et les branches de cet arbre montaient tout le long de la muraille et allaient se perdre dans le plafond.
À cause de la petitesse du disque lumineux, il était difficile d'abord de se rendre compte des choses... on voyait un coin de branches... et puis une feuille... et une autre... et à côté, on ne voyait rien du tout... rien que le jet lumineux qui semblait se refléter lui-même... Raoul glissa sa main sur ce rien du tout, sur ce reflet...
—Tiens! fit-il... le mur, c'est une glace!
—Oui! une glace! dit le Persan, sur le ton de l'émotion la plus profonde. Et il ajouta, en passant sa main qui tenait le pistolet sur son front en sueur:
—Nous sommes tombés dans la chambre des supplices!
[3]M. Pedro Gailhard m'a raconté lui-même qu'il avait encore créé des postes de fermeurs de portes pour de vieux machinistes, qu'il ne voulait pas lui-même mettre à la porte.
[4]À cette époque, les pompiers avaient encore mission, en dehors des représentations, de veiller à la sécurité de l'Opéra; mais ce service, depuis, a été supprimé. Comme j'en demandais la raison à M. Pedro Gailhard, il me répondit que «c'était parce qu'on avait craint que dans leur inexpérience parfaite des dessous du théâtre, ils n'y missent le feu».
[5]L'auteur, pas plus que le Persan, ne donnera d'autre explication sur cette apparition d'ombre-là. Alors que tout dans cette histoire historique sera normalement au cours d'événements quelquefois apparemment anormaux, expliqué, l'auteur ne fera point comprendre expressément au lecteur ce que le Persan a voulu dire par ces mots: C'est quelqu'un de bien pis! (que quelqu'un de la police du théâtre). Le lecteur devra le deviner, car l'auteur a promis à l'ex-directeur de l'Opéra, M. Pedro Gailhard, de lui garder le secret sur la personnalité extrêmement intéressante et utile de l'ombre errante au manteau qui, tout en se condamnant à vivre dans les dessous du théâtre, a rendu de si prodigieux services à ceux qui, les soirs de gala, par exemple, osent se risquer dans les dessus. Je parle ici de services d'État, et je ne puis en dire plus long, ma parole.
[6]L'ancien directeur de l'Opéra, M. Pedro Gailhard, m'a conté un jour au cap d'Ail, chez Mme Pierre Wolff, toute l'immense déprédation souterraine due au ravage des rats, jusqu'au jour où l'administration traita, pour un prix assez élevé du reste, avec un individu qui se faisait fort de supprimer le fléau en venant faire un tour dans les caves tous les quinze jours.
Depuis, il n'y a plus de rats à l'Opéra, que ceux qui sont admis au foyer de la danse. M. Gailhard pensait que cet homme avait découvert un parfum secret qui attirait à lui les rats comme le «coq-levent» dont certains pêcheurs se garnissent les jambes attire le poisson. Il les entraînait, sur ses pas, dans quelque caveau, où les rats, enivrés, se laissaient noyer. Nous avons vu l'épouvante que l'apparition de cette figure avait déjà causée au lieutenant de pompiers, épouvante qui était allée jusqu'à l'évanouissement—conversation avec M. Gailhard—et, pour moi, il ne fait point de doute que la tête-flamme rencontrée par ce pompier soit la même qui mit dans un si cruel émoi le Persan et le vicomte de Chagny (papiers du Persan).