—Christine! gémit Raoul, et il se prit à sangloter.
—Alors, il m'a attachée... je n'ai le droit de mourir que demain soir à onze heures!...
Toute cette conversation à travers le mur était beaucoup plus «hachée» et beaucoup plus prudente que je ne pourrais en donner l'impression en la transcrivant ici. Souvent nous nous arrêtions au milieu d'une phrase, parce qu'il nous avait semblé entendre un craquement, un pas, un remuement insolite... Elle nous disait: Non! Non! ce n'est pas lui!... Il est sorti! Il est bien sorti! J'ai reconnu le bruit que fait, en se refermant, le mur du Lac.
—Mademoiselle! déclarai-je, c'est le monstre lui-même qui vous a attachée... c'est lui qui vous détachera... Il ne s'agit que de jouer la comédie qu'il faut pour cela!... N'oubliez pas qu'il vous aime!
—Malheureuse! entendîmes-nous, comment ferais-je pour l'oublier jamais!
—Souvenez-vous-en pour lui sourire... suppliez-le... dites-lui que ces liens vous blessent.
Mais Christine Daaé nous fit:
—Chut!... J'entends quelque chose dans le mur du Lac!... C'est lui!... Allez-vous-en!... Allez-vous-en!... Allez-vous-en!...
—Nous ne nous en irions pas, même si nous le voulions! affirmai-je de façon à impressionner la jeune fille. Nous ne pouvons plus partir! Et nous sommes dans la chambre des supplices!
Silence! souffla encore Christine.