Il arrivait, en effet. Nous entendîmes ses pas qui se rapprochaient de la chambre Louis-Philippe. Il avait rejoint Christine. Il n'avait pas prononcé un mot...
Alors, j'élevai la voix:
—Erik! c'est moi! Me reconnais-tu?
À cet appel, il répondit aussitôt sur un ton extraordinairement pacifique:
—Vous n'êtes donc pas morts là dedans?... Eh bien, tâchez de vous tenir tranquilles.
Je voulus l'interrompre, mais il me dit si froidement, que j'en restai glacé derrière mon mur: «Plus un mot, daroga, ou je fais tout sauter!»
Et aussitôt il ajouta:
—L'honneur doit en revenir à mademoiselle!... Mademoiselle n'a pas touché au scorpion (comme il parlait posément!), mademoiselle n'a pas touché à la sauterelle (avec quel effrayant sang-froid!), mais il n'est pas trop tard pour bien faire. Tenez, j'ouvre sans clé, moi, car je suis l'amateur de trappes, et j'ouvre et ferme tout ce que je veux, comme je veux... J'ouvre les petits coffrets d'ébène: regardez-y, mademoiselle, dans les petits coffrets d'ébène... les jolies petites bêtes... Sont-elles assez bien imitées... et comme elles paraissent inoffensives... Mais l'habit ne fait pas le moine! (Tout ceci d'une voix blanche, uniforme...) Si l'on tourne la sauterelle, nous sautons tous, mademoiselle... Il y a sous nos pieds assez de poudre pour faire sauter un quartier de Paris... si l'on tourne le scorpion, toute cette poudre est noyée!... Mademoiselle, à l'occasion de nos noces, vous allez faire un bien joli cadeau à quelques centaines de Parisiens qui applaudissent en ce moment un bien pauvre chef-d'œuvre de Meyerbeer... Vous allez leur faire cadeau de la vie... car vous allez, mademoiselle, de vos jolies mains—quelle voix lasse était cette voix—vous allez tourner le scorpion!... Et gai, gai, nous nous marierons!
Un silence, et puis:
—Si, dans deux minutes, mademoiselle, vous n'avez pas tourné le scorpion—j'ai une montre, ajouta la voix d'Erik, une montre qui marche joliment bien...—moi, je tourne la sauterelle... et la sauterelle, ça saute joliment bien!...