Le silence reprit plus effrayant à lui tout seul que tous les autres effrayants silences. Je savais que lorsque Erik avait pris cette voix pacifique, et tranquille, et lasse, c'est qu'il était à bout de tout, capable du plus titanesque forfait ou du plus forcené dévouement et qu'une syllabe déplaisante à son oreille pourrait déchaîner l'ouragan. M. de Chagny, lui, avait compris qu'il n'y avait plus qu'à prier, et, à genoux, il priait... Quant à moi, mon sang battait si fort que je dus saisir mon cœur dans ma main, de grand'peur qu'il n'éclatât... C'est que, nous pressentions trop horriblement ce qui se passait en ces secondes suprêmes dans la pensée affolée de Christine Daaé... c'est que nous comprenions son hésitation à tourner le scorpion... Encore une fois, si c'était le scorpion qui allait tout faire sauter!... Si Erik avait résolu de nous engloutir tous avec lui!
Enfin, la voix d'Erik, douce cette fois, d'une douceur angélique...
—Les deux minutes sont écoulées... adieu, mademoiselle!... saute, sauterelle!...
—Erik, s'écria Christine, qui avait dû se précipiter sur la main du monstre, me jures-tu, monstre, me jures-tu sur ton infernal amour, que c'est le scorpion qu'il faut tourner...
—Oui, pour sauter à nos noces...
—Ah! tu vois bien! nous allons sauter!
—À nos noces!... innocente enfant!... Le scorpion ouvre le bal!... Mais en voilà assez!... Tu ne veux pas du scorpion? À moi la sauterelle!
—Erik!...
—Assez!...
J'avais joint mes cris à ceux de Christine. M. de Chagny, toujours à genoux, continuait à prier...