C'était Christine. Il voulut parler. Elle lui ferma la bouche de sa main gantée.

—Écoutez-moi, Raoul, je suis résolue à vous dire quelque chose de grave, de très grave!

Sa voix tremblait. Il attendit.

Elle reprit, oppressée.

—Vous rappelez-vous, Raoul, la légende de l'Ange de la musique?

—Si je m'en souviens! fit-il, je crois bien que c'est ici que votre père nous l'a contée pour la première fois.

—C'est ici aussi qu'il m'a dit: «Quand je serai au ciel, mon enfant, je te l'enverrai.» Eh bien! Raoul, mon père est au ciel et j'ai reçu la visite de l'Ange de la musique.

—Je n'en doute pas, répliqua le jeune homme gravement, car il croyait comprendre que dans une pensée pieuse, son amie mêlait le souvenir de son père à l'éclat de son dernier triomphe.

Christine parut légèrement étonnée du sang-froid avec lequel le vicomte de Chagny apprenait qu'elle avait reçu la visite de l'Ange de la musique.

—Comment l'entendez-vous, Raoul? fit-elle, en penchant sa figure pâle si près du visage du jeune homme que celui-ci put croire que Christine allait lui donner un baiser, mais elle ne voulait que lire, malgré les ténèbres, dans ses yeux.