—J'entends, répliqua-t-il, qu'une créature humaine ne chante, point comme vous avez chanté l'autre soir, sans qu'intervienne quelque miracle, sans que le ciel y soit pour quelque chose. Il n'est point de professeur sur la terre qui puisse vous apprendre des accents pareils. Vous avez entendu l'Ange de la musique, Christine.
—Oui, fit-elle solennellement, dans ma loge. C'est là qu'il vient me donner ses leçons quotidiennes.
Le ton dont elle dit cela était si pénétrant et si singulier que Raoul la regarda inquiet, comme on regarde une personne qui dit une énormité ou affirme quelque vision folle à laquelle elle croit de toutes les forces de son pauvre cerveau malade. Mais elle s'était reculée et elle n'était plus, immobile, qu'un peu d'ombre dans la nuit.
—Dans votre loge? répéta-t-il comme un écho stupide.
—Oui, c'est là que je l'ai entendu et je n'ai pas été seule à l'entendre...
—Qui donc l'a entendu encore, Christine?
—Vous, mon ami.
—Moi? j'ai entendu l'Ange de la musique?
—Oui, l'autre soir, c'est lui qui parlait quand vous écoutiez derrière la porte de ma loge. C'est lui qui m'a dit: «Il faut m'aimer.» Mais je croyais bien être la seule à percevoir sa voix. Aussi, jugez de mon étonnement quand j'ai appris, ce matin, que vous pouviez l'entendre, vous aussi...
Raoul éclata de rire. Et aussitôt, la nuit se dissipa sur la lande déserte et les premiers rayons de la lune vinrent envelopper les jeunes gens. Christine s'était retournée, hostile, vers Raoul. Ses yeux, ordinairement si doux, lançaient des éclairs.