—Comment se fait-il que vous ne sachiez pas lire?... cela dépasse toute imagination!

M. Gaspard Lalouette, gravement, répondit:

—Cela se fait que je n'ai jamais été à l'école... que mon père me faisait travailler comme un ouvrier dans son magasin, dès l'âge de six ans. Il jugea inutile de me faire apprendre une science qu'il ne connaissait pas et dont il n'avait pas besoin pour réussir dans ses affaires. Il se borna à m'apprendre son métier qui était, comme le mien, celui d'antiquaire. Je ne savais point ce que c'était qu'une lettre, mais on ne m'aurait pas trompé à dix ans sur la signature d'un tableau et, à sept, je savais distinguer un point de Cluny d'un point d'Alençon!... C'est ainsi que, bien que ne sachant pas lire, j'ai pu dicter des ouvrages qui font l'admiration de Monseigneur le prince de Condé.

Cette phrase finale était fort adroite, et elle impressionna vivement M. le secrétaire perpétuel.

Il se leva, marcha rageusement de long en large...

M. Lalouette, qui l'observait du coin de l'œil, l'entendait mâchonner des mots, ou plutôt devinait qu'il mâchonnait des: «Pas lire! Pas lire! Il ne sait pas lire!» Enfin, rageusement, M. Hippolyte Patard revint à M. Gaspard Lalouette.

—Pourquoi m'avez-vous dit cela?... Il ne fallait pas me le dire!

—J'ai cru plus honnête et plus habile...

—Tatata!... Je m'en serais bien aperçu, mais après, et ça n'avait plus la même importance!... Écoutez!... Imaginez que vous ne m'avez rien dit: voulez-vous?... Moi, je ne sais rien! Je suis un peu dur d'oreille, je n'ai rien entendu!

—Mais c'est comme vous voulez!... Je ne vous ai rien dit, monsieur le secrétaire perpétuel, et vous n'avez rien entendu.