—C'est une lettre de M. Eliphas de La Nox! répondit Lalouette de plus en plus vert.
M. Patard, lui, devint jaune et, après avoir poussé un cri de stupéfaction, mit hâtivement l'un des récepteurs à son oreille.
Les deux hommes écoutaient.
Ils écoutaient la voix de Mme Lalouette qui leur transmettait le texte d'une lettre qui venait d'arriver pour M. Lalouette.—«Mon cher monsieur Lalouette. Je suis heureux de votre succès et je suis bien certain qu'avec un homme comme vous, il n'est pas à craindre que quelque fâcheuse émotion vienne interrompre le fil de votre discours. Comme vous le voyez par le timbre de cette lettre, je suis toujours à Leipzig mais, depuis que je vous ai vu, j'ai eu la curiosité de me documenter sur cette étrange affaire de l'Académie. Et maintenant que j'ai réfléchi, j'en suis à me demander s'il est vraiment aussi naturel que cela que trois académiciens meurent de suite avant de s'asseoir dans le fauteuil de Mgr d'Abbeville! Il y avait peut-être quelque part un intérêt réel à ce qu'ils disparussent!... Et voilà ce que je me suis dit: ça n'est pas, après tout, une raison parce que je ne suis pas un assassin, pour qu'il n'y ait plus d'assassins sur la terre! En tout cas, ces réflexions ne sauraient vous arrêter. Même s'il y a eu des raisons à la disparition de MM. Mortimar, d'Aulnay et Latouche, il se peut très bien qu'il n'y en ait aucune pour faire disparaître M. Gaspard Lalouette. Compliments et mes meilleurs souvenirs à Mme Lalouette.
ELIPHAS DE SAINT-ELME DE TAILLEBOURG DE LA NOX.»
[XIII. Dans le train]
Dans le train qui les conduisait à La Varenne-Saint-Hilaire, M. Hippolyte Patard et M. Gaspard Lalouette réfléchissaient.
Et leurs réflexions devaient être assez maussades, car ils ne mettaient aucun empressement à se les communiquer.
La lettre d'Eliphas était pleine d'un terrible bon sens! Ce n'est pas une raison parce que je ne suis pas un assassin pour qu'il n'ait plus d'assassins sur la terre!