Et il habitait cette maison toute l'année, avec son domestique—un unique domestique—le géant Tobie. Le fait était bien connu. On ne s'en étonnait pas. Le génie a besoin d'isolement.
Derrière Loustalot, Gaspard Lalouette avait pénétré dans un étroit vestibule sur lequel donnait l'escalier conduisant aux étages supérieurs.
—Je vais vous faire monter au salon, dit le grand Loustalot, nous serons mieux pour causer.
Et il gravit l'escalier qui conduisait au premier étage.
Lalouette suivait, naturellement, et derrière Lalouette, venaient les chiens.
Après le premier étage, on se mit à monter au second. Là, on s'arrêta, car il n'y avait pas de troisième étage. Le salon du grand Loustalot était sous les toits. Il en poussa la porte. C'était une pièce toute nue, sans ornement aucun aux murailles, et garnie tout simplement d'un guéridon et de trois chaises en paille. Les deux hommes entrèrent, toujours suivis des deux chiens.
—C'est un peu haut! fit le grand Loustalot, mais, au moins, les visiteurs—vous savez qu'il y en a qui ne se gênent point pour faire du bruit et qui se croient partout chez eux, marchant dans le salon de long en large, à tort et à travers—les visiteurs, quand je les fais attendre dans le grenier, ne me gênent point pendant que je travaille en bas dans ma cave.
Asseyez-vous donc, mon cher monsieur Lalouette, je ne sais ce qui vous amène, mais je serais particulièrement heureux de vous faire plaisir. J'ai appris par les journaux que je lis quelquefois...
—Moi, mon cher maître, je ne les lis jamais, mais Mme Lalouette les lit pour moi. Comme ça je ne perds pas de temps et je suis au courant de tout.
Mais il n'en dit pas plus long. L'attitude jusqu'alors si aimable du grand Loustalot présentait tout à coup un aspect inquiétant. Sa petite personne si remuante, à l'instant même, s'était immobilisée sur sa chaise comme un pantin de cire, cependant que ses yeux, naguère si papillotants, étaient devenus tout à fait fixes, comme les yeux de quelqu'un qui écoute au loin s'il n'entend pas quelque chose.