—Eh bien, voilà! J'étais allé chez lui, parce qu'on parlait beaucoup, depuis quelques jours, du secret de Toth sans savoir ce que c'était. Il faut vous dire que l'Eliphas dont on s'est d'abord moqué apparaît maintenant terrible à tout le monde et qu'on a fait des perquisitions chez lui, dans son laboratoire de la rue de la Huchette, et qu'on a découvert là, sur les mystères de l'humanité, des formules qui ne sont point aussi inoffensives qu'on pourrait le croire, car il s'y mêle assez de physique et de chimie, paraît-il, pour faire passer à distance, les gens de vie à trépas!
—Dans ce genre-là, ricana le grand Loustalot... Il y a la formule de la poudre à canon...
—Oui, mais elle est connue... tandis qu'il y a une formule, paraît-il, qui n'est pas connue de tout le monde et qui est la plus dangereuse de toutes... c'est ce qu'on appelle le secret de Toth... A ce qu'il paraît que sur tous les murs du laboratoire de la rue de la Huchette cette formule mystérieuse de Toth est répétée... On a demandé—les magistrats poussés par l'opinion publique et des journalistes et moi-même—, on a demandé à M. Raymond de La Beyssière, qui est un de nos plus brillants égyptiaques, ce que c'était que le secret de Toth.
Il a répondu textuellement: «La lettre du secret de Toth est celle-ci: Tu mourras si je veux par le nez, les yeux, la bouche et les oreilles, car je suis le maître de l'air de la lumière et du son.»
—C'était un type épatant que ce vieux Toth! fit le grand Loustalot en hochant la tête d'un air mi-sérieux, mi-goguenard.
—S'il faut en croire M. Raymond de La Beyssière, il faudrait voir en lui l'inventeur de la magie. C'était l'Hermès des Grecs, à ce qu'il paraît, et il était neuf fois grand. On a trouvé sa formule écrite à Sakkarah, sur les parois des chambres funéraires des pyramides des rois de la Ve et de la VIe dynastie—ce sont les plus anciens textes que nous connaissions—, et cette formidable formule était entourée d'autres formules qui préservaient de la morsure des serpents, de la piqûre des scorpions et, en général, de l'attaque de tous les animaux qui fascinent..
—Mon cher monsieur Lalouette, déclara le grand Loustalot, vous parlez comme un livre. On a plaisir à vous entendre.
—Je suis doué, mon cher maître, d'une excellente mémoire, mais je n'en tire aucune vanité. Je suis le plus ignorant des hommes et je viens bien humblement vous demander ce que vous pensez du secret de Toth... M. Raymond de La Beyssière ne cache pas que la lettre du fameux secret inscrite dans le tombeau était suivie de signes mystérieux comme nos algébriques et nos chimiques sur lesquels ont pâli des générations d'égyptiaques. Et il disait que ces signes qui donnaient la puissance dont parle Toth avaient été déchiffrés par l'Eliphas de La Nox. Celui-ci l'affirma à plusieurs reprises et on a retrouvé dans ses papiers, lors de la perquisition rue de la Huchette, un manuscrit intitulé: Des forces du passé à celles de l'avenir qui tendrait à faire croire que l'Eliphas avait, en effet, pénétré la pensée redoutable des savants de ce temps-là. Vous savez naturellement, mon cher maître, que les prêtres de la première Égypte avaient déjà découvert l'électricité?
—T'es chouette, Lalouette, ricana Loustalot en se courbant comme un singe et en se prenant le bout de ses pieds dans l'extrémité de ses petites mains. Mais continue toujours... tu m'amuses.
M. Gaspard Lalouette fut suffoqué d'une aussi vulgaire familiarité, mais réfléchissant que les hommes de génie ne sauraient se mouvoir dans le cadre de politesse fabriqué pour les hommes ordinaires, il continua sans avoir l'air de s'apercevoir de rien: