—C'est vrai! approuva la Compagnie.
—Quand je parle de métier, reprit M. Patard, je m'exprime mal. Les plus grands princes vendent leurs collections. On n'est point marchand pour cela. Vous vendez vos collections, mon cher monsieur Lalouette, et c'est bien votre droit.
—C'est ce que je dis toujours à mon mari, monsieur, fit entendre Mme Lalouette, et c'est là l'objet de nos ordinaires discussions. Mais il a fini par me comprendre et sur le Bottin de l'année prochaine on ne lira plus: M. Gaspard Lalouette, marchand de tableaux, expert-antiquaire, mais: M. Gaspard Lalouette, collectionneur—Madame! s'écria M. Hippolyte Patard, enchanté, madame, vous êtes une femme supérieure. Il faudra mettre cela aussi dans Le Tout-Paris.
Et il lui baisa la main.
—Oh! sûrement, répondit-elle, quand il sera de l'Académie.
Il y eut un court silence et puis des petites toux. M. Hippolyte Patard jeta un coup d'œil sévère sur tout le monde et, avec autorité, s'empara d'un siège.
—Asseyez-vous tous, ordonna-t-il. Nous allons causer sérieusement.
On obéit. Mme Lalouette roulait entre ses doigts sa grosse épaisse chaîne d'or. A côté d'elle, M. Gaspard Lalouette fixait M. le secrétaire perpétuel avec, dans le regard, cette anxiété spéciale aux élèves un peu cancres qui se trouvent en face de leurs examinateurs, le jour du baccalauréat.
—Monsieur Lalouette, fit M. Patard, vous êtes un homme de lettres; cela veut-il dire que vous aimiez les lettres simplement, ou que vous ayez déjà publié quelque chose?
Comme on le voit, M. le secrétaire perpétuel prenait déjà ses précautions pour le cas où M. Lalouette n'eût rien publié du tout.