Mais il se reprit:

«Non! non! Déposons-le dans la chambre du garde!…»

Rouletabille frappa à la porte de la chambre du garde… Personne ne répondit de l'intérieur… ce qui ne m'étonna point, naturellement.

«Évidemment, il n'est pas là, fit le reporter, sans quoi il serait déjà sorti!… Portons donc ce corps dans le vestibule…»

Depuis que nous étions arrivés sur «l'ombre morte», la nuit s'était faite si noire, par suite du passage d'un gros nuage sur la lune, que nous ne pouvions que toucher cette ombre sans en distinguer les lignes. Et cependant, nos yeux avaient hâte de savoir! Le père Jacques, qui arrivait, nous aida à transporter le cadavre jusque dans le vestibule du château. Là, nous le déposâmes sur la première marche de l'escalier. J'avais senti, sur mes mains, pendant ce trajet, le sang chaud qui coulait des blessures…

Le père Jacques courut aux cuisines et en revint avec une lanterne. Il se pencha sur le visage de «l'ombre morte», et nous reconnûmes le garde, celui que le patron de l'auberge du «Donjon» appelait «l'homme vert» et que, une heure auparavant, j'avais vu sortir de la chambre d'Arthur Rance, chargé d'un ballot. Mais, ce que j'avais vu, je ne pouvais le rapporter qu'à Rouletabille seul, ce que je fis du reste quelques instants plus tard.

....... .......... ...

Je ne saurais passer sous silence l'immense stupéfaction—je dirai même le cruel désappointement—dont firent preuve Joseph Rouletabille et Frédéric Larsan, lequel nous avait rejoint dans le vestibule. Ils tâtaient le cadavre… ils regardaient cette figure morte, ce costume vert du garde… et ils répétaient, l'un et l'autre: «Impossible!… c'est impossible!»

Rouletabille s'écria même:

«C'est à jeter sa tête aux chiens!»