«Non… fit-il sourdement… et lentement… non… ne croyez pas cela, Sainclair… Je ne croyais pas qu’elle remporterait un cadavre… après tout, c’était mon père!… Je croyais qu’elle remporterait un corps de trop pour la maison des fous!… Voyez-vous, Sainclair, je ne l’avais condamné qu’à la prison… pour toujours… Mais il s’est tué… C’est Dieu qui l’a voulu!… que Dieu lui pardonne!…»
Nous ne dîmes plus un mot de la nuit.
À Laroche, je voulus lui faire prendre quelque chose de chaud, mais il me refusa ce déjeuner avec fièvre. Il acheta tous les journaux du matin et se précipita, tête baissée, dans les événements du jour. Les feuilles étaient pleines des nouvelles de Russie. On venait de découvrir, à Pétersbourg, une vaste conspiration contre le tsar. Les faits relatés étaient si stupéfiants qu’on avait peine à y ajouter foi.
Je déployai L’Époque et je lus en grosses lettres majuscules en première colonne de la première page:
Départ de Joseph Rouletabille pour la Russie
et, au-dessous:
Le tsar le réclame!
Je passai le journal à Rouletabille qui haussa les épaules, et fit:
«Bah!… Sans me demander mon avis!… Qu’est-ce que monsieur mon directeur veut que j’aille faire là-bas?… Il ne m’intéresse pas, moi, le tsar… avec les révolutionnaires… c’est son affaire!… ce n’est pas la mienne!… En Russie?… je vais demander un congé, oui!… j’ai besoin de me reposer, moi!… Sainclair, mon ami, voulez-vous?… Nous irons nous reposer ensemble quelque part!…
— Non! Non! m’écriai-je avec une certaine précipitation, je vous remercie!… j’en ai assez de me reposer avec vous!… j’ai une envie folle de travailler…