«Merci d’être venus!»
Et il nous serra la main en silence, nous entraînant dans notre compartiment, dans lequel il nous enferma, prenant soin de tirer les rideaux, ce qui nous isola complètement. Quand nous fûmes tout à fait chez nous et que le train se fût remis en marche, il parla enfin. Son émotion était telle que sa voix en tremblait.
«Eh bien, fit-il, il n’est pas mort!
— Nous nous en sommes bien doutés, interrompit Rouletabille. Mais, en êtes-vous sûr?
— Je l’ai vu comme je vous vois.
— Et Mme Darzac aussi l’a vu?
— Hélas! Mais il faut tout tenter pour qu’elle arrive à croire à quelque illusion! Je ne tiens pas à ce qu’elle redevienne folle, la malheureuse!… Ah! mes amis, quelle fatalité nous poursuit!… Qu’est-ce que cet homme est revenu faire autour de nous?… Que nous veut-il encore?…»
Je regardai Rouletabille. Il était alors encore plus sombre que M. Darzac. Le coup qu’il craignait l’avait frappé. Il en restait affalé dans son coin. Il y eut un silence entre nous trois, puis M. Darzac reprit:
«Écoutez! Il faut que cet homme disparaisse!… Il le faut!… On le joindra, on lui demandera ce qu’il veut… et tout l’argent qu’il voudra, on le lui donnera… ou alors, je le tue! C’est simple!… Je crois que c’est ce qu’il y a de plus simple!… N’est-ce pas votre avis?…»
Nous ne lui répondîmes point… Il paraissait trop à plaindre. Rouletabille, dominant son émotion par un effort visible, engagea M. Darzac à essayer de se calmer et à nous raconter par le menu tout ce qui s’était passé depuis son départ de Paris.