—Eh bien, je déclare, émit La Candeur avec une grande gravité, que je commence à prendre goût à la guerre!

—Comme c'est heureux, fit Vladimir avec un sourire extatique de reconnaissance à sa bouteille, comme c'est heureux, La Candeur, que tu n'aies pas tué ce bon M. Priski!…

—Je ne m'en serais jamais consolé! affirma La Candeur en vidant son verre.

—Mais encore une fois, comment l'as-tu rencontré?

—Figure-toi, Vladimir, que je rôdais autour des caves, ne sachant par où pénétrer, quand j'entends une voix qui sort d'un soupirail.

«—Inutile de vous déranger, monsieur de Rothschild, disait la voix, voilà ce que vous cherchez!

«La voix de M. Priski!… D'abord je reculai… je crus à un revenant!… Mais non! c'était bien M. Priski en chair et en os qui me tendait, par le trou du soupirail, les bouteilles que voilà! et qui me conseillait: «Ne les remuez pas trop! surtout ne les remuez pas trop!…» Ah! le brave monsieur Priski! Il suivit bientôt ses bouteilles et arriva encore avec un poulet. Tu penses si on a été tout de suite amis!… Je lui ai expliqué alors comment mon fusil était «parti» tout seul à la meurtrière du donjon et combien je l'avais regretté!…

—Oh! fit Vladimir, les larmes aux yeux et la bouche pleine, votre mort a été pleurée par nous au donjon, comme si nous avions été vos enfants, monsieur Priski!…

—Notre désolation faisait peine à voir! affirma La Candeur avec un soupir étouffé à cause qu'il s'était servi trop de cervelas et qu'il voulait arriver à temps pour le jambon. Heureusement que le bon Dieu veillait sur M. Priski et l'envoyait, pendant que nous pleurions sa mort, dans cette auberge où il a servi autrefois!

—Où sommes-nous donc ici?… demanda Vladimir.