—On va revoir les confrères!… et Marko le Valaque!… Ils vont nous en poser des questions!… On m'a dit chez Anastas Arghelof qu'ils étaient comme enragés, car on les tient serrés!… Ils ne peuvent rien envoyer!…
—Tout de même, j'ai hâte d'avoir des nouvelles du canard, avouait
Rouletabille, préoccupé, et ils hâtaient le pas.
Stara-Zagora est une jolie petite ville au pied des collines. Ses longues rues cahoteuses ont tout le caractère du proche Orient. Dans les cafés en plein vent, sous les portiques garnis de vigne, des indigènes devisaient avec cette placidité qu'on ne voit qu'aux pays du soleil.
—On se croirait à cent mille lieues de la guerre… dit Vladimir. Si c'est tout ce qu'on permet aux correspondants de voir de la campagne de Thrace, je comprends qu'ils ne doivent pas être contents!
Ils rencontrèrent justement un correspondant qu'ils reconnurent à son brassard rouge. Il était furieux.
—Rien… leur dit-il. Nous ne savons rien… On nous communique un bulletin de victoire sec comme un coup de trique, et c'est avec cela, du reste, que nous devons apporter chaque jour des milliers de mots aux employés du télégraphe, qui s'affolent, comme vous devez le penser, avec leurs trois pauvres appareils Morse… Ils n'ont même pas de Hughes!… Quel métier!… Aussi ce qu'on gémit!… Il n'y a que Marko le Valaque qui soit content.
—Pourquoi donc? demanda Vladimir, qui, comme nous le savons, n'aimait point Marko le Valaque.
—Eh! mais parce qu'il a envoyé des correspondances épatantes à son canard.
—Pas possible! Et comment a-t-il fait?
—Ah! ça, nous n'en savons rien.