—Eh bien, fit Rouletabille, il est plutôt temps d'expédier quelque chose de propre à l'Époque! Ils doivent fumer là-bas si la concurrence a reçu des articles aussi étonnants que ça!

Ils arrivèrent au bureau de poste. Les confrères les accueillirent avec des cris de joie et de surprise. Qu'étaient-ils devenus? Qu'avaient-ils fait depuis quinze jours?… Les confrères avaient été d'abord très inquiets, mais comme dans les journaux envoyés de Paris ils n'avaient trouvé aucune correspondance intéressante de Rouletabille, ces messieurs s'étaient rassurés.

Et encore:

—Il n'y a que Marko le Valaque qui a su se débrouiller!

—Il est extraordinaire, ce type-là, affirmèrent-ils tous. Et à cause de lui ce que nous avons été eng…

Rouletabille demanda son courrier et décacheta d'abord les plis qui lui venaient de l'Époque avec une hâte fébrile. Il pâlit. Tous le regardaient lire:

—On n'est pas content, hein?

—Non, on n'est pas content, s'écria Rouletabille, mais ça c'est incroyable!

Et il lut tout haut: «Votre silence est d'autant plus incompréhensible que vous ne pouvez invoquer l'impossibilité d'envoyer la correspondance promise sur votre voyage à travers l'Istrandja-Dagh, attendu que notre confrère la Nouvelle Presse en publie une du plus haut intérêt et qui a fait monter son tirage de plus de quatre cent mille. Ces correspondances signées Marko le Valaque relatent des événements et des faits qui, sans être historiques, n'en captivent pas moins les esprits par leur originalité et aussi à cause du cadre dans lequel ils se déroulent. Ils méritaient de retenir votre attention. Bref, c'est non seulement un coup raté de votre part, mais un prodigieux succès pour notre confrère, et, pour nous, c'est la honte et la désolation… Notre directeur ne s'en console point et il charge votre rédacteur en chef de vous exprimer toute sa surprise.»

—Eh bien, mon vieux, tu es servi!… lui cria-t-on.