—Il se passe, mon vieux, que rien n'est perdu encore et qu'il est possible maintenant que nous nous mariions, Ivana et moi, puisque son mari est vivant!

—Ah! oui… Eh bien, je suis content, mon petit!

Et La Candeur tourna la tête pour murmurer:

—Quel malheur! Une si belle intelligence!…

XIV
EN SUIVANT LES BORDS DE LA MARITZA

Nos jeunes gens, accompagnés de M. Priski, se mirent en route vers le soir. Cette journée avait été consacrée par les troupes lancées à la poursuite de l'armée turque à un repos presque absolu. Leur front s'étendait de Djeni-Mahalle à Karakdéré. La rapidité de leur victoire les fatiguait déjà, sans compter qu'elles ne possédaient que de vagues renseignements sur la situation occupée par l'ennemi que la cavalerie bulgare lancée dans la direction de Baba-Eski, c'est-à-dire droit au Sud, n'avait point rencontré.

Rouletabille et ses compagnons profitèrent de l'état de choses qui avait nettoyé la contrée de tout l'élément ottoman pour faire du chemin. Grâce à la lettre du général-major que le reporter portait toujours sur lui, la petite bande parvint en quelques heures à Demotika. De là il ne pouvait être question pour elle de prendre le train pour Dédéagatch, les rives de la Maritza inférieure étant encore occupées par des forces turques qui, accourant de Macédoine en toute hâte, ne faisaient que passer, désireuses de traverser le sud de la Thrace au plus vite pour rejoindre au nord de Rodosto le gros de l'armée turque qui se reformait sur les lignes de Tchorlu, Lülé-Bourgas et Seraï.

Le départ des reporters avait été si précipité que Rouletabille n'avait pas eu le temps de demander des subsides à son journal ni de s'en procurer d'aucune sorte. Il avait mis son paquet de correspondance à la poste et en route!

Il comptait que ce bon M. Priski avait la bourse bien garnie et ne leur refuserait point de subvenir aux frais du voyage.