—Non, dit Rouletabille, vous, Vladimir, restez ici… Ou plutôt non, vous allez vous rendre devant la maison de Canendé hanoum… Surveillez-la, Kasbeck y retournera certainement et il n'est pas sûr qu'il revienne par cette échelle, par conséquent il est bien inutile de l'attendre ici… Pistez-le, ne le quittez plus…

Ayant dit, Rouletabille entraîna La Candeur dans le dédale des ruelles obscures qui montaient vers Yildiz-Kiosk. Cependant La Candeur fut étonné de le voir bientôt obliquer sur la droite et rejoindre la rive près des ruines de Tcheragan; ce coin était désert et ténébreux.

La Candeur se laissa guider jusqu'à l'eau qui vint clapoter à ses pieds.

Il se demandait où Rouletabille voulait en venir, mais dans l'ombre il vit que celui-ci se penchait sur une petite barque amarrée à un pieu et l'attirait à lui. Il y fit monter La Candeur et prit les rames après avoir détaché l'amarre.

XX
LE BOSPHORE, LA NUIT…

Silencieusement, ils passèrent devant les ruines, les jardins d'Yildiz, et longeant le rivage, ils glissèrent vers Orta-Keuï.

Avant d'arriver à la station des bateaux à vapeur, ils s'arrêtèrent dans la nuit opaque d'un pilotis soutenant d'antiques masures qui semblaient abandonnées.

Là, ils attendirent.

Le Bosphore se faisait de plus en plus silencieux et désert. Tout mouvement cesse de bonne heure sur ces eaux tranquilles; les lumières des navires étaient maintenant immobiles comme des étoiles; le vent glacé de la mer Noire, dans le silence de toutes choses, faisait entendre son lugubre ululement.