Malheureusement, à ce moment critique, La Candeur, pour finir de rassurer Madame Rouletabille, eut le tort d'ajouter.

—Je le sais mieux que personne, allez, madame!… C'est moi qui l'ai tué!…

Ivana regarda La Candeur comme une folle et puis, sans rien dire, se serra en frissonnant contre Rouletabille, qui eût bien giflé La Candeur s'il en avait eu le temps; mais il estima qu'il était plus pressant de prendre Ivana dans ses bras et de la transporter dans l'auto, qui démarra aussitôt, saluée par les gestes obséquieux de M. Priski et par les protestations de dévouement de La Candeur et de Vladimir! Elle partit à toute allure, dans la nuit, pour un pays inconnu, où les jeunes mariés espéraient bien ne pas rencontrer Athanase.

En attendant, son ombre les poursuivait et ils ne pensaient qu'à lui.

XXX
NUIT DE NOCE SUR LA CÔTE D'AZUR

Dans l'auto qui les emportait Ivana exprimait sa terreur en phrases hachées, haletantes, où courait le remords d'un crime accompli par La Candeur, c'est-à-dire par eux, c'est-à-dire par elle!

Rouletabille lui avait menti: ce n'étaient point les Turcs qui avaient tué Athanase, mais eux, eux, ses amis, ses frères, elle, sa soeur d'armes… C'est en vain que le petit Zo lui expliquait qu'Athanase avait commencé par frapper et que La Candeur avait dû se défendre… Elle répondait invariablement que c'étaient eux, eux, Rouletabille et elle, Ivana qui, par le bras de La Candeur, avaient assassiné Athanase!

Une telle infamie leur porterait malheur… et leur mariage était certainement maudit puisque la vengeance du mort commençait, et que deux amis d'Athanase s'en étaient, de toute évidence, chargés… Et elle claquait des dents en revoyant la tête… l'horrible tête qu'elle avait sortie du coffret byzantin!

Rouletabille la câlinait, essayait de la réchauffer, de l'attendrir, espérait des larmes qui l'eussent peut-être soulagée et épuisait toutes les ressources de sa dialectique à démolir le monument d'épouvante qu'Ivana dressait sur le seuil de leur bonheur…