Rouletabille demanda un suprême effort à son cheval qui, depuis quelques instants, montrait des signes de fatigue… Il voulut l'enlever, lui aussi; mais la bête buta au milieu des décombres et le reporter roula sur le sol avec sa monture, contre laquelle vinrent donner La Candeur, Vladimir et Tondor. Ce fut une chute générale et fort brutale dont les reporters, ainsi que leur domestique, se relevèrent assez éclopés.

Rouletabille néanmoins se mit à courir dans la direction suivie par Ivana.
Ses camarades le suivirent cahin-caha.

On entendit alors des coups de feu et un certain tumulte du côté de la place du village. Ils allaient déboucher sur celle-ci quand ils ne furent pas peu surpris d'être arrêtés par Ivana elle-même qui se trouvait à pied comme eux tous. Sa bête fumante tombée auprès d'elle, au milieu de la rue, ruait des quatre fers, en agonie, le poitrail frappé d'une balle. Un bruit de bataille, le crépitement de la mousqueterie éclatait à quelques pas et des projectiles vinrent siffler à leurs oreilles.

Ivana était dans une agitation extraordinaire.

Elle leur ordonna, les bras étendus, de ne pas aller plus loin!

—Les Turcs massacrent tout! Ils n'ont pas encore abandonné le village; méfions-nous… ils ne nous épargneraient pas!

—Et Gaulow? demanda Rouletabille.

—Il a rejoint les Turcs! répondit-elle d'une voix sombre. Il s'en est fallu de quelques minutes que je ne le rattrape…

—Gaulow s'est donc échappé! gronda une voix bien connue. Tous se retournèrent. Athanase Khetew venait d'arriver derrière eux, tout juste pour entendre la phrase d'Ivana. Il eut un geste de malédiction sur sa bête fumante et regarda avec mépris les reporters.

—Je vous l'avais confié… dit-il simplement.