C'EST AU TOUR DE LA CANDEUR DE RACONTER UNE ÉTRANGE HISTOIRE A ROULETABILLE

Ils furent ainsi conduits jusqu'aux avant-postes, devant Almadjik, où ils trouvèrent l'état-major du général Dimitri Sanof et le général lui-même qui les reçut avec une véritable joie.

C'est à lui qu'Athanase s'était adressé après l'accompagnement de sa mission pour obtenir le commandement d'un petit détachement de cavalerie qui avait pris les devants et s'était porté sur le Château Noir, dans le but de délivrer la nièce du général Vilitchkov et les reporters français.

Bien qu'alors il ne l'eût point renseigné exactement sur la nature des services rendus par Ivana et ses compagnons, Athanase en avait assez dit, avant son départ, au général pour que celui-ci n'ignorât point que le général Stanislawoff serait reconnaissant à ses compagnons d'armes de bien traiter les jeunes gens.

Rouletabille raconta au général, en quelques mots, les péripéties de leur fuite de la Karakoulé, puis le Voyage que leur avait fait faire Athanase Khetew, leurs démêlés avec l'agha, enfin le combat auquel ils avaient assisté du haut des terrasses entre Athanase Khetew et Gaulow. Depuis sa victoire ils n'avaient pas revu Athanase Khetew.

Naturellement, Dimitri Sanof se mit à leur entière disposition pour tout ce dont ils pouvaient avoir besoin, et La Candeur, en entendant ces bonnes paroles, put croire que tous leurs malheurs étaient finis et qu'ils touchaient à la fin de leur mauvaise fortune.

Il trouvait, quant à lui, qu'il était grand temps qu'ils prissent quelque repos et goûtassent à quelques douceurs.

Rouletabille accepta de grand coeur les offres du général, mais il lui fit entendre qu'il lui serait particulièrement reconnaissant de lui faciliter sa tâche de reporter. Il s'estimerait amplement payé de tous les maux soufferts au fond de la Karakoulé s'il pouvait faire parvenir à son journal les nombreux feuillets de correspondance qu'il avait écrits depuis son entrée dans l'Istrandja-Dagh.

Le général lui répondit qu'il avait tout à fait confiance en lui et qu'il lui épargnerait les retards et les difficultés de la censure militaire pourvu qu'il prît, bien entendu, l'engagement de ne rien télégraphier ni écrire qui fût susceptible de gêner les mouvements de la troisième armée. Sur quoi il lui remit une lettre blanche qui lui permettait, à lui et à ses compagnons, d'aller où ils voulaient et partout où ils le jugeaient bon pour l'accomplissement de leur tâche.

Toutefois, le général ne crut point devoir cacher aux reporters qu'il leur serait à peu près impossible de correspondre avec Paris avant que l'armée eût atteint la ligne de Kirk-Kilissé-Selio-Lou, c'est-à-dire avant qu'elle ne fût sortie de l'Istrandja-Dagh; toutes les lignes de la région avaient été détruites par les Turcs, et les Bulgares passaient si vite qu'ils ne prenaient même point le temps de les rétablir.