«A Montrion, près de Lausanne
11 janvier 1756.
«Il me paraît, monsieur, que S. M. P. n'est pas le seul homme bienfaisant en Lorraine, et que vous savez bien faire comme bien dire. Mon cœur est aussi pénétré de votre lettre que mon esprit a été charmé de votre discours. Je prends la liberté d'écrire au Roi de Pologne, comme vous me le conseillez, et je me sers de votre nom pour autoriser cette liberté.
«J'ai l'honneur de vous adresser la lettre; mon cœur l'a dictée, et je me souviendrai toute ma vie que ce bon prince vint me consoler un quart d'heure dans ma chambre, à la Malgrange, à la mort de Mme du Châtelet; ses bontés me sont toujours présentes; j'ose compter sur celles de Mme de Boufflers et de Mme de Bassompierre.
«Je me flatte que M. de Lucé ne m'a pas oublié; mais c'est à vous que je dois leur souvenir. Comme il faut toujours espérer, j'espère que j'aurai la force d'aller à Plombières, puisque Toul est sur la route. Vous m'avez écrit à mon château de Montrion. C'est Ragotin qu'on appelle Monseigneur. Je ne suis point homme à châteaux...
«Voici ma position: j'avais toujours imaginé que les environs du lac de Genève étaient un lieu très agréable pour un philosophe, et très sain pour un malade; je tiens le lac par les deux bouts: j'ai un ermitage fort joli aux portes de Genève, un autre aux portes de Lausanne; je passe de l'un à l'autre; je vis dans la tranquillité, l'indépendance et l'aisance, avec une nièce qui a de l'esprit et des talents et qui a consacré sa vie aux restes de la mienne.
«Je ne me flatte pas que le gouverneur de Toul vienne jamais manger des truites de notre lac; mais si jamais il avait cette fantaisie, nous le recevrions avec transports, nous compterions ce jour parmi les plus beaux de notre vie...
«Je crois avoir renoncé aux rois, mais non pas à un homme comme vous. Je m'intéresse à Panpan comme malade et comme ami.»[ [49]
Nous ne possédons pas la lettre de Voltaire à Stanislas, mais nous avons la réponse du Roi écrite dans le mauvais français dont le monarque est coutumier. Cette réponse est fort aimable assurément, mais le ton est bien changé. Quelle différence avec les tendresses de 1748 et de 1749!
«Lunéville, 27 avril 1756.
«J'ai reçu, monsieur, avec un plaisir sensible votre lettre que M. le comte de Tressan m'a rendue.