«Pour l'Académie françoise ou française et les autres académies, je ne sais quand ce sera leur tour. Vous ferez toujours bien de l'honneur à celles dont vous serez. Quelle est la société qui ne cherchera à posséder celui qui fait le charme de la société?
«Dieu donne longue vie au roi de Pologne! Dieu vous le conserve, ce bon prince qui passe sa journée à faire du bien et qui, Dieu merci, n'a que cela à faire! Je vous supplie de me mettre à ses pieds. Je veux faire mon petit bâtiment chinois à son honneur dans un petit jardin; je ferai un bois, un petit Chanteheu grand comme la main et je le lui dédierai[ [50].
«Mlle Clairon est à Lyon; elle joue comme un ange des Idanie, des Mérope, des Zaïre, des Alzire. Cependant je ne vais pas la voir. Si je faisais des voyages, ce serait pour vous, pour avoir la consolation de rendre mes respects à Mme de Boufflers, et à ceux qui daignent se souvenir de moi. Vous jugez bien que si je renonce à la Lorraine, je renonce aussi à Paris, où je pourrais aller comme à Genève, mais qui n'est pas fait pour un vieux malade planteur de choux.
«Comptez toujours sur les regrets et le bien tendre attachement de
«V.[ [51]»
En 1758, Voltaire est toujours du dernier bien avec son correspondant: il lui écrit en lui parlant des occupations qui l'accablent:
«Je suis enchaîné d'ailleurs au char de Cérès comme à celui d'Apollon; je suis maçon, laboureur, vigneron, jardinier. Figurez-vous que je n'ai pas un moment à moi, et que je ne croirais pas vivre si je vivais autrement; ce n'est qu'en s'occupant qu'on existe.»
En même temps qu'il lui envoie ses œuvres complètes, imprimées chez les frères Cramer, il lui parle des divisions déplorables qui ont éclaté parmi les encyclopédistes, de la scission qui en est résultée, et dans l'intérêt du parti il le supplie d'user de son influence pour y mettre un terme.
«13 février 1758.
«Je reçois, monsieur, une réponse à la lettre que j'eus l'honneur de vous écrire hier; votre bonté m'avait prévenu. Je ne savais pas que vous eussiez déjà reçu le fatras énorme dont vous voulez bien charger les tablettes de votre bibliothèque. Il y a là bien des inutilités, mais si l'on se réduisait à l'utile, l'encyclopédie même n'aurait pas tant de volumes...