«Paris[ [54].

«Je suis bien sûre, mon cher Tressanius, qu'en ne vous écrivant pas, je ne vous en aime que mieux, et je veux me flatter que vous ne m'en aimez pas moins. Cependant, il y a longtemps que vous ne me l'avez dit, et cela commence à m'inquiéter. Je vous aime trop pour ne pas vaincre mes répugnances et changer même de caractère, s'il le faut, plutôt que de vous laisser douter de moi un moment. Songez aussi que votre amitié m'est absolument nécessaire, parce qu'elle entre dans tous les arrangements de ma vie.

«Croyez-vous que je n'ai pas encore pu voir Alliot un moment seul? Il vint avant-hier chez moi pour la première fois, parce qu'il avait été à Versailles. J'avais des visites qui ne me laissèrent pas la liberté de lui dire un mot de vos affaires ni des miennes. Je l'ai fort prié de revenir, il me l'a promis; mais je crains bien de ne le voir qu'en Lorraine, car je suis obligée d'aller ce soir à Versailles pour remplacer trois femmes de semaine malades. Vous croyez bien que j'arriverai le mois prochain, tout le plus tôt que je pourrai, et que je m'en fais un vrai plaisir.

«En attendant, je vais vous dire les nouvelles d'hier: que la dépouille de M. le prince de Dombes a été donnée, sauf les Suisses, que tous les princes demandaient, à M. le comte d'Eu; le gouvernement du Languedoc à M. le comte d'Eu; et la Guyenne qu'il avait à M. le maréchal de Richelieu; le commandement de Languedoc à M. de Mirepoix; l'artillerie réunie au secrétariat de la guerre, et les carabiniers détruits et réunis à l'infanterie, à ce que l'on croit, car cet article n'a pas été décidé en même temps que les autres.

«Votre oncle est assez mal à ce que disent les médecins; vous seriez effrayé de son changement; il a tout l'air d'un homme qui, sans avoir une maladie dans les formes, ne saurait aller loin.

«Adieu, beau Tressanius; mille compliments à Mme de Tressan et à Marichou[ [55]

Tressan, ravi d'une tendresse à laquelle il n'est pas habitué, accorde sa lyre et c'est dans la langue des dieux qu'il répond à l'aimable marquise:

Charmante nymphe du Madon,

Vous qui sur ces rives sauvages

Apportez les mœurs du Lignon,