«A Toul, ce dimanche.
«Cher et aimable confrère, il est donc bien vrai que notre chère et divine marquise part pour Versailles? Mandez-moi donc le temps, la semaine, le jour; je veux absolument la voir, causer avec elle et savoir tout ce qu'elle voudra bien m'apprendre des détails de son voyage. Il n'y a rien d'elle qui ne me touche et je ne peux vous exprimer le vif intérêt que je prends à une réussite dont je suis sûr dès qu'elle paraîtra.
«Qu'elle ne perde rien de ce qu'elle porte à la Cour, c'est tout ce que je lui demande; ce maintien noble, doux et décent sied bien à la réputation d'esprit qu'elle s'est établie. Je vois d'ici M. le Dauphin et Mesdames en faire leur amie, la Reine en raffoler, et il va bien à sa façon de penser, à ses principes, et à une raison aussi éclairée que la sienne de se tenir à ces branches fermes et durables. Les fleurs et les feuilles tombent, se sèchent et s'envolent. Ce langage oriental est très intelligible pour quelqu'un qui a le bon esprit de ne pas préférer la personne du jour à celles de tous les temps...
«Dites bien à Mme la marquise que notre petit ménage est à ses genoux et que si elle veut l'honorer de sa présence en passant, Beaucis tuera son vie et le Tressanius son faucon.
«Répondez-moi vite sur le temps de son départ, car vraiment je vais bien me faire honneur de l'annoncer à mes amis qui méritent de devenir les siens...
«J'avais bien peur que toutes ces vilaines espèces ne m'eussent barbouillé auprès du Roi. Le Père de Menoux, avec tout son esprit, a fait un furieux pas de clerc; il en a assez dit pour se faire des ennemis immortels et il a la honte de retrancher à l'impression une bonne partie de ce qu'il a dit. Le Roi a été peut-être d'abord un peu fâché de mes protestations contre l'impression, mais avec le temps, il connaîtra qu'elles étaient décentes dans ma bouche, qu'elles sauvent l'honneur de la société, et que c'est une bien bonne leçon pour l'avenir.....
«Adieu, cher ami, aimez toujours le Tressanius qui a un trop tendre attachement pour vous et de trop jolis enfants pour ne le pas mériter.»
Mme de Boufflers partit donc pour Versailles, ainsi qu'il était décidé, et à peine arrivée, elle prit son service auprès de Mesdames.
Soit qu'elle fût revenue à l'égard de Tressan à des sentiments moins farouches, soit que l'absence et l'éloignement lui aient inspiré quelque pitié, il lui prit un jour fantaisie d'écrire à son adorateur platonique: