«Mettez-moi, je vous prie, aux pieds du roi de Pologne; il fait du bien aux hommes tant qu'il peut. Le roi de Prusse fait plus de mal au genre humain; il me mandait l'autre jour que j'étais plus heureux que lui; vraiment je le crois bien, mais vous manquez à mon bonheur.

«Mille tendres respects.

«V.»[ [52]

A force de chercher et de s'ingénier cependant, le philosophe finit par découvrir un territoire neutre, le pays de Gex, où il se trouverait relativement à l'abri aussi bien des jésuites que des pasteurs. Il s'empressa d'y acheter la terre de Ferney, où il résida jusqu'à sa mort dans une tranquillité relative.

CHAPITRE X
1756-1758

Séjour de Mme de Boufflers à Versailles.—Mort de Mme de Graffigny.

Dans le courant de l'année 1757, la cour de Lunéville fut bouleversée par le départ de Mme de Boufflers pour Versailles. Depuis plusieurs années l'aimable marquise avait été nommée dame de Mesdames en survivance, mais elle n'avait pas encore été appelée à exercer sa charge[ [53]. En 1757, une vacance s'étant produite, elle fut nommée dame titulaire, et elle dut se rendre à Versailles pour prendre possession de ses fonctions. Son absence devait se prolonger assez longtemps et tous ses amis étaient dans la désolation. Tressan, toujours amoureux, gémissait sur le sort funeste qui privait la Cour de toute sa joie, de tout son charme, mais il se consolait en pensant aux succès qui sûrement attendaient «la dame de ses pensées».

Si les sentiments de Tressan sont restés immuables, son style, malheureusement pour nous, ne s'est nullement amélioré et il est resté tout aussi embrouillé, prétentieux et pédant que par le passé. Quelle différence avec les lettres de Voltaire, étincelantes d'esprit, de verve et de clarté!

Comme à l'ordinaire, c'est au fidèle Panpan que Tressan confie ses plaintes et ses espérances: