Tressan, indigné de la conduite des auteurs, écrivait à Panpan:
«Toul, 3 juin 1758.
«Je suis bien aise que vous soyez rassuré sur la santé de Mme de Graffigny et qu'elle se porte mieux que sa pièce. Ah! l'horrible métier que celui d'auteur! On a eu la lâcheté de faire une épigramme contre l'adorable auteur de Cénie, mais l'épigramme est si plate qu'elle ne donne de ridicule qu'à celui qui l'a faite.»
L'amour-propre froissé, le dépit agirent si fortement sur Mme de Graffigny qu'elle tomba malade; ses maux de nerfs, ses vapeurs, toutes les misères auxquelles elle était sujette augmentèrent sensiblement; les efforts qu'elle fit pour dissimuler son état ne firent que le rendre plus précaire. Sa maladie était étrange. De temps en temps, pendant la conversation, elle s'arrêtait net au milieu d'une phrase et elle avait un évanouissement de quatre à cinq minutes, puis elle revenait à elle et reprenait sa phrase au point où elle l'avait laissée, sans s'être aperçue qu'elle avait perdu connaissance.
Son état s'aggrava assez rapidement et elle succomba, le 12 décembre 1758, âgée de soixante-quatre ans.
Sa dernière pensée fut pour son vieil ami Panpan; elle lui légua tous ses papiers et, en outre, un coffret auquel était attaché ce billet:
«Cette cassette ne contient que des lettres appartenantes à M. de Vaux le fils, receveur des finances de Lorraine. Je veux et je prie mon exécuteur testamentaire de les faire remettre audit M. de Vaux sans avoir été lues par personne. J'en charge sa probité, sa conscience et celle de mes héritiers. Telle est ma volonté expresse.
«A Paris, le 27 mai 1745.
«D'Happoncourt de Graffigny[ [58].»
Il ne nous semble pas qu'après la lecture de cette note, il puisse rester le moindre doute sur la nature des relations qui avaient existé autrefois entre Mme de Graffigny et Panpan.