Enhardi par le succès de son Histoire de Charles XII, Voltaire se décide à envoyer à Lunéville l'Histoire de Pierre le Grand, et c'est encore Tressan, puisqu'il a si bien réussi une première fois, qui est chargé de l'offrir à Stanislas.
«Les Délices.
«J'ai l'honneur de vous envoyer les deux premiers exemplaires de l'Histoire de Pierre le Grand; de ces deux exemplaires, il y en a un pour le roi de Pologne. Je manquerais à mon devoir si je priais un autre que vous de mettre à ses pieds cette faible marque de mon respect et de ma reconnaissance. Il est vrai que je lui présente l'histoire de son ennemi, mais celui qui embellit Nancy rend justice à celui qui a bâti Saint-Pétersbourg, et le cœur de Stanislas n'a point d'ennemi. Permettez donc, mon adorable gouverneur, que je m'adresse à vous pour faire parvenir Pierre le Grand à Stanislas le Bienfaisant.—Ce dernier titre est le plus beau.
«V.»
Cette fois, Stanislas n'admire pas sans réserve l'œuvre de l'historien; il fait quelques objections, et c'est Saint-Lambert qui est chargé de les transmettre à Ferney. Voltaire riposte en écrivant à Tressan:
«Frère Saint-Lambert, qui est mon véritable frère (car Menoux n'est que faux frère), frère Saint-Lambert, dis-je, qui écrit en vers et en prose comme vous, m'a mandé que le roi Stanislas n'était pas trop content que je préférasse le législateur Pierre au grand soldat Charles; j'ai fait réponse que je ne pouvais m'empêcher en conscience de préférer celui qui bâtit des villes à celui qui les détruit, et que ce n'est pas ma faute si Sa Majesté Polonaise elle-même a fait plus de bien à la Lorraine par sa bienfaisance que Charles XII n'a fait de mal à la Suède par son opiniâtreté.»
En 1760, et avec l'active collaboration du Père de Menoux, le Roi compose un opuscule qui a pour titre: L'incrédulité combattue par le bon sens, essai philosophique par un Roi. L'auteur y combat avec violence les philosophes et l'athéisme qu'il leur reproche amèrement.
Puisque l'ermite de Ferney envoie fidèlement à Stanislas ses œuvres les plus importantes, n'est-il pas de toute justice que le Roi en fasse autant? N'est-ce pas là un échange de bons procédés habituel entre confrères? Ainsi pense Stanislas et il charge son collaborateur d'adresser à Voltaire leur œuvre commune.
Le Jésuite, ravi de jouer un bon tour à son vieil ennemi, s'empresse d'expédier à Ferney un exemplaire avec quelques mots ironiques.
Voltaire lui répond par cette lettre charmante: