Quand il lui fait la lecture de Candide et qu'il en arrive à ce passage où les rois détrônés sont réunis dans une auberge de Venise, Stanislas se montre d'autant plus intéressé qu'il joue un rôle dans le récit. Voltaire met en effet dans la bouche du monarque ces quelques mots:

«Je suis aussi roi des Polaques; j'ai perdu mon royaume deux fois; mais la Providence m'a donné un autre État, dans lequel j'ai fait plus de bien que tous les rois des Sarmates ensemble n'en ont jamais pu faire sur les bords de la Vistule; je me résigne aussi à la Providence, et je suis venu passer le carnaval à Venise.»

«Eh! quoi! s'écrie Stanislas à cette lecture, pourquoi tous ces rois détrônés ne sont-ils pas venus à Lunéville? Je les aurais tous accueillis et fêtés.»

Panpan, qui sait si bien faire valoir aux oreilles du prince les œuvres du philosophe, est persona grata à la cour de Ferney. Aussi quand ses élucubrations poétiques lui paraissent dignes d'un illustre examen, il les soumet humblement au jugement du maître. Voltaire lui répond par des billets charmants, pleins de cordialité et d'affection:

«Les Délices.

«Je ne sais, mon cher Pan Pan, si Alexandre se connaissait en vers aussi bien que vous et j'aime bien autant votre taudis que ses tentes. Vos petits vers sont fort jolis; en vous remerciant.

«Mais, à propos, Tibulle de Saint-Lambert doit avoir reçu un gros paquet contresigné La Reynière, adressé à Nancy. Je crains quelque méprise.

«Vous voyez donc souvent Mme de Boufflers! Que vous êtes heureux, ô Pan Pan!

«V.