A la suite de la lettre, Stanislas avait griffonné ce post-scriptum presque illisible:

«Je vous réponds de cœur, au défaut de vue, pour vous assurer que je conserve toujours les sentiments d'une parfaite estime et amitié pour vous.»

Craignant que Voltaire ne pût déchiffrer le grimoire royal, Tressan avait ajouté ce second post-scriptum:

«Votre cœur vous fera deviner ce que mon cher et aimable maître vous écrit: Je vous réponds de cœur, au défaut de vue, etc. Plaignez une âme active (et celles des Rois le sont si rarement); heu! plaignez-la d'être privée du bonheur de revoir ses ouvrages, de ne pouvoir plus lire, écrire, peindre, jouer des instruments, et voir votre ancienne amie, chez qui le Roi vient d'écrire ce petit mot.»

Saint-Lambert était en ce moment à Lunéville et il avait contribué de son mieux à faire valoir auprès du roi de Pologne les mérites de l'Histoire de Charles XII. Le philosophe, touché et reconnaissant, lui mande:

«Aux Délices, 1760.

«Je viens, mon très aimable Tibulle, de vous écrire une lettre où il ne s'agit que de Charles XII; je suis plus à mon aise en vous parlant de vous, en vous ouvrant mon cœur, en vous disant combien il est pénétré du bon office que vous me rendez. Vraiment je vous enverrai toutes les Pucelles que vous voudrez, à vous et à Mme de Boufflers, rien n'est plus juste..... Si vous voyez frère Jean des Entommeures Menoux, dites-lui, je vous prie, que j'ai de bon vin, mais j'aimerais encore mieux le boire avec vous qu'avec lui.

«Mes respects, je vous prie, à Mme de Boufflers et à Mme sa sœur. Je vous aime, je vous remercie: je vous aimerai toute ma vie.

«V.»

Stanislas, s'il n'a aucun désir de revoir à sa Cour l'encombrant et dangereux Voltaire, n'en reste pas moins son lecteur enthousiaste et il se fait lire toutes ses œuvres; pas un opuscule qu'il ne veuille connaître. C'est généralement Panpan qui est chargé de faire apprécier au Roi les productions de Ferney.