«Je lui fais venir cette nuit votre Histoire universelle.
«L'ami Panpan et moi nous lisons tour à tour, et c'est vraiment bien ce qui peut nous arriver de mieux, car quel bonheur de vous lire et d'être distrait pendant quelques heures de tant de gens qui parlent sans rien dire!
«Mme de Boufflers vous fait mille tendres compliments. Panpan dit qu'il se met à vos genoux; daignez du faîte de votre temple de la Liberté jeter un coup d'œil sur nous autres, misérables serviteurs des rois. Tout ce qui nous console, c'est que les rois sont aimables et qu'on pourrait les aimer de l'amour de M. de Guyon.
«Que vos jardins fleurissent toujours à l'ombre du bonnet de Tell; aimez bien nos chers Genevois, auxquels je suis tendrement attaché. Si vous voyez M. Pictet le père dans Diesbach, dites-lui que je l'aime de tout mon cœur et que je suis sûr d'en être aimé; quoiqu'on ait pendu un de mes arrière grands-oncles au haut de ces créneaux sacrés de Genève qu'il avait essayé de violer, je n'en aime pas moins ces murs qui tiennent en sûreté des sages, et des sages qui vous aiment et parmi lesquels vous vivez heureux.
«Mille respects, je vous supplie, à Madame votre nièce; aimez toujours le plus attaché et le plus fidèle de vos amis et serviteurs[ [75].»
A la lettre était joint le certificat annoncé. Voltaire, ravi, s'empresse d'écrire à Stanislas une épître enthousiaste. Quelques jours plus tard, Tressan, au nom du Roi, envoyait encore au philosophe ces quelques lignes:
«A Commercy, ce 29 juillet 1759.
«Sa Majesté Polonaise, monsieur, veut que je supplée à sa vue pour répondre à la lettre charmante qu'elle vient de recevoir de vous. Ce prince m'ordonne de vous assurer de son amitié pour vous, et de sa haute estime pour vos ouvrages.
«Sa Majesté confirme de nouveau l'attestation qu'elle m'avait ordonné de vous envoyer au sujet de l'exacte vérité de tous les faits connus dans votre Histoire de Charles XII. Elle apprend par vous, monsieur, avec un plaisir sensible, que le roi son gendre, en renouvelant les anciens privilèges de vos terres, vous donne une marque distinguée de sa bienveillance et de son estime. Mais je sens, monsieur, tout ce que vous perdriez si vous ne voyez pas du moins les caractères d'une main que vous baiseriez avec tant de plaisir; un seul mot de ce prince adoré, qui exécute sans cesse tout ce que vous aimez à célébrer dans les grands rois, sera mille fois plus précieux pour vous que tout ce que le plus fidèle de vos serviteurs et amis pourrait vous dire.
«Tressan.»