«Je me souviendrai toujours, Sire, avec la plus tendre et la plus respectueuse reconnaissance, des jours heureux que j'ai passés dans vos palais; je me souviendrai que vous daigniez faire le charme de la société, comme vous faisiez la félicité de vos peuples; et que, si c'était un bonheur de dépendre de vous, c'en était un plus grand de vous approcher.
«Je souhaite à Votre Majesté que votre vie, utile au monde, s'étende au delà des bornes ordinaires. Aurengzbeg et Muley-Ismaël ont vécu l'un et l'autre au delà de cinq cents ans[ [78]; si Dieu accorde de si longs jours à des princes infidèles, que ne fera-t-il point pour Stanislas le bienfaisant?
«Je suis avec le plus profond, etc.
«V.»
Voltaire est si content de sa réponse et de ses irréfutables arguments, si content du fougueux éloge des philosophes par lequel il a riposté à la diatribe du Père de Menoux, qu'il envoie des copies de sa lettre à tous ses amis, à Thiériot, à Mme d'Epinay, à d'Alembert, etc., avec prière de la répandre pour la bonne cause.
Il écrit en particulier à d'Argental:
«28 auguste 1760.
«Il faut que je vous dise que Frère Menoux, jésuite, m'a envoyé une mauvaise déclamation de sa façon, intitulée: l'Incrédulité combattue par le simple bon sens. Il a mis cet ouvrage sous le nom du roi Stanislas, pour lui donner du crédit; il me l'a adressé de la part de ce monarque, et voici la réponse que j'ai faite au Monarque. Voyez si elle est sage, respectueuse et adroite. Vous pourriez peut-être en amuser M. le duc de Choiseul, en qualité de Lorrain.»