Husson le Franciscain[ [82],
Le goupillon en main,
Va lui donner de l'eau bénite.
A la suite des graves incidents qui s'étaient passés à Paris au moment de la représentation des Philosophes, il y eut un redoublement de haine entre les deux factions qui divisaient la Société; des deux côtés on ne cherchait que les occasions de se quereller et de soulever de scandaleuses discussions. La présence du Roi et de Mme de Boufflers n'arrêtait pas toujours les passions déchaînées.
La séance du 20 octobre 1760 fut une des plus orageuses. Le Roi y assistait ainsi que le chancelier, Mme de Boufflers et sa fille. L'Académie recevait ce jour-là trois nouveaux membres. L'un d'eux, le comte de Lucé, après avoir remercié ses nouveaux confrères, fit l'éloge de la philosophie et la vengea «des calomnies du cagotisme». Durival cadet prononça à son tour son discours de remerciement et lut un Essai sur l'infanterie. Tressan, en qualité de directeur, répondit aux récipiendaires, et il traita le même sujet brûlant que M. de Lucé; plus que lui encore il parla en faveur des philosophes.
On croyait la séance terminée et Stanislas se disposait à se lever quand le Père de Menoux, effrontément et au mépris des statuts de la Société, prit la parole et, s'adressant au roi, il parla «de manière insultante» de l'opinion de MM. de Lucé et de Tressan[ [83].
Le scandale fut grand. Plusieurs membres, indignés, demandèrent l'expulsion du Révérend Père.
Enfin, à force de prières, Stanislas parvint à calmer la fureur des combattants. Il exigea même une réconciliation immédiate et publique; pour satisfaire le Roi, les deux adversaires durent s'embrasser incontinent, ce qui, l'on peut le supposer, fut fait sans enthousiasme et plutôt du bout des dents.
Le Révérend Père de Menoux, malgré son hypocrite baiser, ne se tint pas pour battu. Il voulut à tout prix ruiner le crédit de son adversaire, et il employa dans ce but tous les moyens, même les moins délicats.
Après la fameuse séance dont nous venons de parler, il n'eut rien de plus pressé que de signaler à Marie Leczinska les doctrines soit disant irréligieuses professées par son ancien favori.